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Retour sur l'action des précaires à l'issue de la manifestation du 12 avril.

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Hier, les précaires ont tenté de monter une action d'occupation d'un lieu, qui plus est, destiné par la mairie de Paris à des opérations immobilières, saupoudrées de logements sociaux, mais où un projet de foyer étudiant a disparu.

Gentrification, quand tu nous tiens.

D'où la remarque de Danielle Simonet, venue en soutien au mouvement dans la caserne de Reuilly occupée par les précaires :« C’est comme ça qu’il faut faire et rendre les lieux pérennes ».

[Se référer aux précédents articles :

Les précaires mettent à profit la manifestation pour lancer une action. Ça déborde et ça rassemble !

De l'occupation du Carreau du Temple à l'expulsion hier soir de la Coordination des intermittents et des précaires (CIP-IDF).

Convention UNEDIC 2014. Nouvelle Attaque Contre les Chômeurs et les Précaires ! ]

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Pourquoi cette occupation de la caserne Reuilly ?

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Cette occupation était destinée non seulement à donner de la visibilité aux précaires,

mais aussi à créer, pourquoi pas, un espace de vie, de liberté et de débats, où l'on tisse d'autres liens et où l'on apprend à penser autrement.

Les précaires, pour survivre « contre la casse des vies et la Valls des profits », créent de la solidarité et, par la force des choses, de l'autogestion.

Bref, en autogérant déjà leurs luttes aujourd'hui, ils cultivent les germes de la société de demain.

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Cette occupation avait également pour but d'agréger, de faire converger les luttes.

Tout devient précaire, les embauches en CDI se font de plus en plus rares et certains d'entre eux ne savent vraiment pas de quoi sera fait leur lendemain immédiat.

Le précariat, c'est leur pain quotidien. Car si nous avons tous déjà au moins un pied dans le précariat, eux sont plongés complètement dedans.

Cette austérité creuse le précariat et le généralise.

Précarité économique, précarité énergétique, précarité écologique, précarité sanitaire et c.

Nous sommes tous des précaires en sursis.

Retour sur l'action des précaires à l'issue de la manifestation du 12 avril.

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Recul et réflexion

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Tant pis pour l'évacuation policière le 12 en début de nuit,

demain lundi, les précaires seront hébergés dans les locaux de la CNT,

33 rue des Vignolles,

lieu également menacé par la mairie de Paris, où les précaires organiseront leurs commissions et leur AG pour poursuivre leurs réflexions et métaboliser la journée du 12 avril.


Espérons qu'un peu de recul permettra de mettre en évidence chez une fraction de ceux, qui n'en ont pas encore conscience,

qu'il n'y a rien du tout à attendre du pouvoir

et qu'une manifestation même de 100 000 personnes ne fera jamais dévier d'un pouce le cap des possédants et de leurs vénaux commensaux.

D'ailleurs,

« La droite et le PS se fichent bien que l’on dénonce un système inégal et des injustices.

[Le FMI lui-même s'inquiète des conséquences de l'austérité]

La seule chose sur laquelle ils ne plaisanteront jamais, c’est notre capacité à envisager le changement. »

Ainsi parle Monique Pinçon-Charlot

et l'évacuation, hier, de la caserne de Reuilly en est une illustration.

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Pour en revenir à la manifestation du 12,

de telles démonstrations, si elles devaient perpétuellement se cantonner dans les clous institutionnels et suivre les rails des schémas revendicatifs traditionnels et/ou électoraux, pourraient même se révéler contre-productives et démobilisatrices à terme.


Tout simplement parce que l’État et le patronat ne lâcheront plus jamais rien.

Ils ne pourraient seulement consentir qu'à un green-washing, à une économie durable et à la bio ou à la géo-ingénierie pour éviter leur obsolescence mortelle subite (voir citation d'André Gorz à la fin).

Ce qui signifie que manifester pour infléchir une politique
[comme c'était le cas cet AM du 12 avril et, qui plus est, dans un contexte bien marqué électoralement]
ou pour réclamer que le patron et l'État paient, ça n'a plus aucun sens et ça ne donne surtout ni repère, ni perspective permettant de construire la société que nous voulons.

Retour sur l'action des précaires à l'issue de la manifestation du 12 avril.

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Au cœur de cette crise systémique, le pourquoi

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Cette crise systémique et structurelle, liée à la baisse tendancielle du taux de profit, engendre une politique frénétique de baisse des coûts pour essayer de perpétuer ce système.

Les gens deviennent de facto, dans cette spirale humanicide et écocide, des coûts ambulants, des charges insupportables, dont il faut littéralement se débarrasser.

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Il est devenu, dans ces conditions, plus difficile de réclamer des miettes dans le cadre du système,

que de décider effectivement de le bouleverser.

En bonus la deuxième solution a un sens et elle est de surcroit exaltante.

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C'est le vrai choix, qui se pose aujourd’hui aux grecs pour faire cesser le drame, qui se déroule dans ce laboratoire européen du libéral autoritarisme.

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Une catastrophe humanitaire due à la guerre de classe, où les femmes en viennent à subir un eugénisme social (Sujet évoqué le dimanche 6 avril, au CICP à l'occasion d'une journée de sensibilisation sur le démantèlement du système de santé en Grèce et du rôle des structures autogérées). Je ne suis pas convaincu que l'élection de Tsipras suffise.

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Retour sur l'action des précaires à l'issue de la manifestation du 12 avril.

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Le keynésianisme en question

Car après une telle crise systémique et structurelle, plus rien n'est plus comme avant et jamais il ne sera possible d'en revenir au keynésianisme.

Le seul keynésianisme possible, c'est celui que l'État entrepreneurial pratique déjà

en soutenant les profits des uns et en cassant et pourrissant la vie du plus grand nombre, mais on voit où il nous mène.

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Cette politique keynésianiste à l'envers a été pratiquée, en grand et en large, pour juguler la crise des subprimes, en transformant la dette privée en dette publique, d'où l'austérité renforcée que nous subissons.

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Les nouvelles réglementations du GMT, qui seront peut-être mises en place et appliquées grâce à tout l'arsenal de cet appareil d'État de fait entrepreneurial, vont accroître nos problèmes.

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L'austérité ainsi constitutionnalisée, le système fonctionnera sans anicroche, la police, la justice et l'armée seront là pour ça et les Tribunaux arbitraux, dont Mme Lagarde connaît l'usage (Affaire Tapie), ne seront probablement plus utilisés, qu'en cas de litiges entre multinationales concurrentes.

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Ne pas choisir la rupture, signifie dans ce contexte prendre partie pour la conservation, même sous couvert d'un capitalisme d'État vert social, avec son économie dite durable, qui ne ferait que prolonger l'agonie du monstre, les souffrances de tous et en prenant le risque que dans 50 ans, ce ne soit écologiquement trop tard pour recourir à des solutions adaptées à la catastrophe en cours.

Retour sur l'action des précaires à l'issue de la manifestation du 12 avril.

Voici une citation d'André Gorz,qui vient à point, elle est tirée de « Le sauvage », 1974. Disponible aux éditions Les liens qui libèrent, 2013.

« Évoquer l’écologie, c’est comme parler du suffrage universel et du repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme.

Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change.

C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ?

Retour sur l'action des précaires à l'issue de la manifestation du 12 avril.

Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques

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ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? »

Retour sur l'action des précaires à l'issue de la manifestation du 12 avril.

Et maintenant et pour après et vice versa ?

Notre tâche, c'est de prendre, nous-mêmes, tout en main pour faire autrement.

Ce qui demande un saut culturel qualitatif possible, mais possible probablement que lorsque le plus grand nombre se retrouvera face aux rudes conséquences de ce réel.

En Argentine comme en Grèce et ailleurs, les travailleurs n'ont jamais récupérés leurs entreprises ou mis en place des structures diverses autogérées pour des raisons idéologiques, mais parce que ce choix s'imposait pour survivre.

Ensuite, une fois les choses reprises collectivement en main, la question de la finalité de nos activités se pose automatiquement et le reste en découle logiquement.

Ces expériences autogérées et même celles de l'autogestion des luttes maintenant montrent qu'elles ne sont pas seulement
un gage pour le futur, mais également une thérapie à la fois personnelle et col
lective maintenant.

La libération collective est inséparable d'une émancipation personnelle possible, que si maintenant, nous nous attelons à mettre en place des fonctionnements non-autoritaires.

Ce qui devrait devenir notre principal souci pour bâtir maintenant notre futur.

Alors ?

Qu'est-ce qu'on attend pour commencer ?

Dans nos vies et nos luttes !
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Bon courage !

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Et bonne mobilisation pour la riposte générale !

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Théo Duchon

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Maintenant un peu de détente avec « Rap/raclée, pépère !»

Retour sur l'action des précaires à l'issue de la manifestation du 12 avril.
Tag(s) : #Échos des Luttes, #Précariat, #Chômage, #Répression, #Libéral autoritarisme, #Austérité, #Autogestion