Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Révolte sociale en Bosnie-Herzégovine : « Qui sème la misère récolte la colère »

[Écrits par des citoyens bosniaques et repris pour l'élaboration du manifeste du plenum des citoyens]

.

L' article, qui suit, a été écrit, hier, par Catherine Samary ,

économiste, spécialiste des Balkans, en particulier de l'espace yougoslave, membre du Conseil scientifique d'Attac et du Collectif une École pour tou-te-s, ainsi que du Collectif des féministes pour légalité.

Maître de conférence en économie à l'université Paris-Dauphine, Catherine Samary connaît la langue serbo-croate et fait régulièrement des séjours dans l'ex-Yougoslavie, c'est dire si elle sait de quoi elle parle.

.

Elle développe plus avant dans cet article des points évoqués la dernière fois dans :

Le peuple bosniaque s'auto-organise. Plus qu'une révolte, probablement une révolution en marche !

.

.

Révolte sociale en Bosnie-Herzégovine : « Qui sème la misère récolte la colère »

Le printemps est en avance sur le froid qui règne.

.

Nul ne sait jusqu’où ira l’explosion sociale et démocratique.

.

Mais dores et déjà, on sait qu’elle laissera des traces profondes et pourrait faire tâche d’huile : les peuples de la région commencent à voir « ce qui fait système », tant dans les griefs que dans les aspirations exprimées.

.

De la dénonciation des « privatisations criminelles » on pourrait voir émerger celle des institutions euro-atlantistes qui les ont encadrées.

.

La Bosnie-Herzégovine, véritable mini-Yougoslavie, a été particulière déchirée et détruite par la décomposition de l’ex-Fédération, ce qui n’a pas effacé des relations régionales (voire familiales et nationales) étroites.

.

Aux années 1990 de « transition guerrière » – dont trois ans de nettoyages ethniques et quelque 100 000 morts – se sont ajoutés les désastres de la « transition pacifiée » – dépendance étroite envers le capital étranger, avec les nouvelles banques privées –, mais aussi d’un contrôle euro-atlantiste plus visible qu’ailleurs.

.

Entre 2003 et 2008, la dépendance croissante des Balkans de l’Ouest envers l’UE a pu être perçue comme bénéfique. Mais en Bosnie-Herzégovine, il n’y avait pas même un État capable de se légitimer sur des bases nationalistes.

.

L’unité du pays a été maintenue aux forceps.

Sa constitution, rédigée à Dayton (USA), en 1995, est toujours en vigueur, reflétant le découpage ethnique par la guerre.

.

L’État reste enlisé dans une pseudo « souveraineté », sous domination internationale, incarnée notamment par le « Haut-Représentant » de l’ONU, aujourd’hui européen, véritable « pro-consul ».

.

Les nationalistes croates et serbes menacent périodiquement de sécession et bloquent tout dépassement des divisions ethniques, ce qui se traduit aussi par des discriminations envers les citoyen-nes (notamment Roms et Juifs), qui ne font pas partie des trois peuples reconnus par la constitution (Bosno-Serbes, Bosno-Croates et Musulmans dits Bosniaques – tous citoyen-nes bosniens).

Révolte sociale en Bosnie-Herzégovine : « Qui sème la misère récolte la colère »

.

.

.

Vers le dépassement des clivages nationaux

.

Pourtant, l’an passé, la première source de mobilisations massives a dépassé les clivages nationaux : la « révolution des bébés » a dressé les citoyen-nes de toutes les « entités » contre l’incurie des partis au pouvoir, incapables de s’entendre sur les fiches d’immatriculation personnelle, empêchant notamment une petite fille de six mois de se faire soigner à l’étranger.

.
En même temps, le pays a plus de 40% de chômeurs-euses (plus de 60% pour les jeunes). Son appauvrissement est massif face à une corruption endémique. Après une forte récession (2009), il n’a connu que stagnation et reculs, jusqu’en 2013, en écho aux difficultés de ses voisins et principaux partenaires commerciaux – Slovénie, Italie et Croatie.

.

Le FMI, qui avait conditionné ses « aides » à la résolution d’une crise gouvernementale durant 15 mois, est revenu à la charge, en septembre 2012, pour exiger réformes structurelles, austérité et privatisations, notamment dans les secteurs de l’assurance maladie et des retraites

.

Ces attaques s’ajoutent aux années de privatisations, aujourd’hui dénoncées comme « criminelles » – notamment dans la région la plus industrielle de Tuzla, d’où est partie l’explosion sociale : entre 2000 et 2010, d’anciennes entreprises publiques, qui employaient la majorité de la population, ont été vendues à des propriétaires privés qui ont cessé de payer les travailleurs-euses, déposé leur bilan et bradé les actifs – sous le contrôle de l’Agence cantonale pour la privatisation. Un grand nombre de salarié-e-s n’ont dès lors plus bénéficié de cotisations sociales.

.

Ils sont aujourd’hui privés de droits sociaux, notamment de la possibilité de prendre leur retraite, car ils n’ont pas le nombre minimum d’années de cotisation requis.

Révolte sociale en Bosnie-Herzégovine : « Qui sème la misère récolte la colère »

.

.

.

Politisation de la révolte

.

Dès le troisième jour de « révolte », les mots d’ordre politiques ont fait leur apparition. De Tuzla, le mouvement s’est étendu vers Sarajevo, Bihac, et d’autres villes.

.

Les assemblées qui se multiplient élaborent des cahiers de revendications.

.

Cet exercice de démocratie directe s’exprime sur les réseaux sociaux et suscite aussi d’autres assemblées qui réunissent jeunes et vieux – les plus âgé-e-s n’étant pas les moins déterminés : la presse a cherché à discréditer le mouvement, parlant de hooliganisme et d’agitateurs venus d’ailleurs.

.

La réponse du « Front », qui s’est établi hors de tout partis politiques a été claire : « qui sème la misère récolte la colère ».

.

Et celle-ci est en train de se transformer en force auto-organisée.

.

.

13 février par Catherine Samary

.

Article original sur : http://cadtm.org/Revolte-sociale-en-Bosnie

Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde

Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde

Tag(s) : #Échos des Luttes, #Europe, #Austérité, #Autogestion