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Année 2014, année grecque ?

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[modifié à la demande d'une lectrice pour le rendre plus précis, le 2 Janvier 2014 à 12 h 00]

Si la chaîne vient à se rompre dans n'importe quel pays du Sud de l'Europe et en Grèce, particulièrement, les répercutions sur les autres composantes du Sud seront incalculables, mais, d'une façon ou d'une autre, fécondes pour l'Europe toute entière. Cette rupture bousculerait cette boursouflure libérale autoritaire, qui vampirise la planète.

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Ce n'est pas un secret pour nos lecteurs,

la Grèce est le laboratoire européen du libéral autoritarisme et, du fait de la résistance qu'oppose le peuple grec, c'est également un point chaud, où la classe ouvrière se trouve en première ligne pour passer à l'offensive.

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« Cette Europe se trouve à la croisée des chemins »...

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« Le processus de changement, je peux vous l’assurer en connaissance de cause, a déjà commencé en Grèce. »

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Ces phrases énoncées par Tsipras (discours de Madrid en clôture du congrès du PGE, posté à la suite de cet article, plus bas) sont significatives de « l'époque non conventionnelle » (Tsipras), que nous traversons et expriment implicitement que les Grecs sont déjà, d'une certaine façon, passés à l'offensive.

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Samaras (conservateur libéral et, depuis 2012, Premier Ministre de la République), en 2012, a pu se targuer, un moment, d'être contre les memoranda et ces élections grecques de 2012, organisées à la suite d'une contestation de l'ensemble de la société et allant crescendo, ont fonctionné, in fine, comme une machine à désamorcer, à neutraliser la colère du peuple.

Année 2014, année grecque ?

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Or, il se pourrait, vu le contexte présent, que ces élections-là*, en Grèce, à l'issue d'une victoire probable de SYRIZA, échappent à tous les corps institués.

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Car même si des élections victorieuses suivies de mesures d'urgences contre l’austérité soulageaient la population, ces mesures ne seraient peut-être plus suffisantes pour contenter les aspirations populaires.

Les gens ne s'accommoderont plus de simplement recevoir et de déléguer, mais aspireront à prendre part [De plus, sans un saut démocratique qualitatif, le changement n'est pas possible, juste un aménagement avec un nouveau capitalisme vert, par exemple.], car le peuple grec commence à se défier et n'aura bientôt plus confiance qu'en lui-même et/ou que dans les "comme eux" ( "comme nous", Lire Dimitri Skarpalezou "La démocratie après le naufrage", article proposé par Syrisa Paris )


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C'est euphémique, de parler de situation tendue ! La lutte de classe est âpre, mais inventive !

Dans les quartiers, dans certaines entreprises, " prendre part ", c'était non seulement une question de dignité humaine, mais également et littéralement, une question de vie ou de mort.

C'est pourquoi, les Grecs n'ont attendu les conseils de personne pour prendre des initiatives, face à la catastrophe humanitaire, construite par ce capitalisme financier prédateur en phase Kamikaze.

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Aujourd'hui :

Des entreprises sont récupérées. [ des protagonistes grecs seront présents à un colloque européen sur la question à Gémenos, chez les Fralib, le 31 janvier et 1er février.] 1ère Rencontre Régionale Européenne « L'Économie des Travailleurs », du 31 janvier au 1er Février dans les locaux des Fralib

Des dispensaires et hôpitaux autogérés ont fleuri.

Des repas autogérés sur les Place Publique s'organisent.

Des jardins potagers urbains et partagés sont aménagés

La révolution des patates... et c.

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«Le processus de changement, je peux vous l’assurer en connaissance de cause, a déjà commencé en Grèce. » (Tsipras)

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Dans ce chaudron, la question constitutionnelle se posera en Grèce et nul ne pourra faire l'économie d'une Constituante animée par des citoyens lambda.

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Car si le peuple grec a formellement entériné la Constitution de 1975, inspirée par l'ancien premier ministre conservateur, Constantin Caramanlis, et conçue par la Vème Chambre révisionnelle sous la houlette de Constantin Tsasos,

le peuple grec, lui, n'a jamais été acteur de sa propre Constitution [sauf de celle d'Épidaure en 1822, après 400 ans d'occupation ottomane, mais qui fut provisoire. Le premier président fut assassiné et il fut imposé au peuple grec un roi allemand, Othon de Bavière, avec le système monarchique qui va avec].

Année 2014, année grecque ?

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L'ordre constitutionnel de la Grèce moderne a été marqué par les interventions étrangères et les coups d’État et ce, toujours au détriment du peuple grec.

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Il existe, de ce fait, un continuum politique entre la période de l'occupation allemande et la suite.

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Les Grecs, en 1944/45, se sont libérés eux-mêmes.

Les « alliés » ne sont venus, selon les consignes très précises de Churchill, uniquement pour réprimer, sans ménagement et dans le sang, la résistance et ce qui pouvait démocratiquement en résulter, avec l'aide des collaborateurs et de la droite la plus conservatrice, qui, tel des berniques, restera accrochée à ses affaires.

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Le régime des colonels a été fabriqué sur les décombres de cette histoire-là et à la soirée Lambrakis, Anastasia Politi nous a expliqué que le problème n'avait pas été fondamentalement résolu après 1975.

Année 2014, année grecque ?

C'est pourquoi, les extensions para-gouvernementales et para-militaires, avec la partie publique et visible genre "Aube Dorée", ne sont malheureusement pas des épiphénomènes.

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C'est aussi pourquoi, dans le climat de tension actuelle, où les gens n'ont pas oublié leur histoire, il se pourrait qu'une victoire électorale soit un déclencheur pour changer la société de fond en comble et que ce changement ne puisse être circonscrit à la frontière des isoloirs.

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Ce processus emporterait, à terme, toutes les féodalités oligarchiques et les scories ' fascistoïdes ', déborderait tout et provoquerait des bouleversements inimaginables hors même de l'espace européen.

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Il nous faudrait bien ça,

car après 2014,

c'est 2015 et sa menaçante épée de Damoclès en forme de traité transatlantique... ! !

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Année 2014, année grecque ?

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Année 2014, année grecque ?

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Bon courage pour la mobilisation et l'attaque générale !

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Théo Duchon

* Élections municipales et européennes en mai 2014 en Grèce (peut-être les Régionales aussi ?)

En Prime : Le discours de Madrid de Tsipras en entier.

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Année 2014, année grecque ?

Discours d’ Alexis Tsipras au Congrès du Parti de la Gauche Européenne

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« La Gauche Européenne est la seule alternative aux barbaries du néolibéralisme et au renforcement de l’extrême-droite » a insisté Alexis Tsipras lors de son discours pour le Congrès du Parti de la Gauche Européenne, qui s’est déroulé à Madrid. Le discours dans sa totalité :

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Mes camarades, mes ami(e)s

Je ne me trouve pas ici pour répéter un discours conventionnel. Parce que justement nous ne vivons pas dans une époque conventionnelle.

Je suis ici parmi vous pour vous parler de changement.

Je suis avec vous pour rappeler aux peuples d’Europe, que cette Europe se trouve à la croisée des chemins.

Et à partir de maintenant il n’y a plus que deux chemins.

L’alternative est claire :

Soit nous restons immobiles, soit nous allons de l’avant. Soit nous acceptons le « statu quo » néolibéral et nous prétendons que la crise peut se résoudre avec les politiques qui l’ont amenée.

Soit nous avançons vers l’avenir avec la Gauche Européenne.

Car les peuples d’Europe se trouvent en danger. La démocratie elle-même se trouve en danger.

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Le néolibéralisme et les mesures d’austérité, mettent en danger les peuples européens.

L’extrême-droite met en danger la démocratie.

La seule alternative est la résistance des peuples et le renforcement de la Gauche Européenne.

Ces années de crise nous ont malheureusement donné raison. C’était nous, la Gauche Européenne, avant même la naissance de la Zone Euro, qui avions remarqué les défauts, les lacunes et les asymétries de ce projet.

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Nous déclarions, et cela s’est avéré vrai, qu’il ne peut y avoir d’union monétaire divisée par un mur d’argent.

Nous déclarions et cela s’est révélé juste, qu’une union monétaire indifférente à la société et sensible uniquement aux besoins du capital financier, était une union sujette à l’incertitude, à l’instabilité et à la crise.

C’était donc une Europe du court-terme.

Nous déclarions et les faits nous ont donné raison, qu’aucune union monétaire ne peut fonctionner sans une banque centrale qui agit en tant que telle. C’est-à-dire, qui puisse agir en tant que prêteur en dernier recours et pas seulement pour les banques, mais aussi pour les États.

Nous déclarions et c’était vrai, que l’Europe a besoin de son propre « Glass-Steagall Act », qui sépare les banques d’investissement des banques de dépôt. Ce qui empêcherait le risque de coexistence dangereuse dans une seule entité.

Nous déclarions et c’était vrai, que l’Europe a besoin d’une législation fiscale des activités économiques et commerciales offshore.

Nous déclarions et c’était vrai, que la classe politique européenne a vu la crise comme une chance pour réécrire la politique économique de l’Europe d’après-guerre.

C’est pour cette raison qu’elle rejette notre proposition de Conférence Européenne de la dette, qui aurait été sur le même modèle que celle de Londres en 1953 au sujet de l’Allemagne, afin que puisse être donnée une solution collective et durable au problème.

C’est pour cette raison que la classe politique européenne – otage volontaire de madame Merkel – insiste sur les politiques d’application qui ont aggravé le problème initial en le transmettant à tout le Sud de l’Europe.

Nous déclarions et nous avions raison, que l’Europe a besoin de son propre « New Deal » pour combattre le chômage et pour financer son futur.

Nous déclarions et nous avions raison, que pour que l’Europe survive, elle a besoin de redistribution et de solidarité.

Ce sont les fondations d’une Europe radicalement nouvelle dans laquelle nous nous retrouvons. A la place d’une Europe qui redistribue les richesses aux riches et la peur aux pauvres.

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Chaque jour qui passe, prouve que les memoranda nous mènent vers la pauvreté et le contrôle économique des prêteurs.

En Grèce, le mémorandum a provoqué une crise humanitaire sans précédent dans cette période d’après-guerre.

Cela ne peut qu’entacher la civilisation européenne que :

§ Deux millions de Grecs ne peuvent pas subvenir à leurs besoins de base comme le fait de se nourrir de viande et de disposer d’un chauffage adéquat.

§ Une petite fille est morte récemment à Thessalonique parce que sa famille ne pouvait pas se payer l’électricité et était obligée d’utiliser un brasero comme chauffage.

§ Quotidiennement, à Athènes et dans les grandes villes, des hommes et des femmes biens habillés cherchent à manger dans les poubelles.

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Une union monétaire qui divise ses États, qui divise les sociétés de ces États, augmente le chômage, la pauvreté et la polarisation sociale,

ne peut être que refondée ou détruite.

Refondation signifie changement.

Et le changement en Europe c’est plus qu’une demande arrivée à maturité. C’est une question d’existence.

Le processus de changement, je peux vous l’assurer en connaissance de cause, a déjà commencé en Grèce.

SYRIZA n’est plus qu’à un pas du pouvoir.

Mais 2014 est une année d’élections et le changement va arriver.

Le gouvernement de SYRIZA inspirera le changement en Europe.

Nous comptons sur chacune et chacun d’entre vous.

Nous comptons sur la solidarité des peuples d’Europe dans les premiers pas difficiles de notre gouvernement.

C’est pourquoi nous avons besoin du renforcement de la Gauche, afin qu’elle devienne une force décisive pour l’avenir de l’Europe.

Parce qu’avec un gouvernement du SYRIZA, la Grèce abandonnera l’austérité et mettra sur la table un plan non seulement viable pour l’économie grecque, mais avant tout viable pour toute l’Europe.

Avec une solidarité active du mouvement européen contre l’austérité, nous gagnerons cette bataille.

Car pour le renforcement de la Gauche Européenne et pour affecter véritablement la vie quotidienne de la population, nous avons besoin des alliances sociales et politiques les plus larges possibles.Chers camarades et ami(e)s,

J’ai écouté hier les chaleureuses paroles de Pierre (Laurent, Président du PGE (NDLT)) pour ma candidature au nom de vous tous, au nom de la Gauche Européenne, à la Présidence de la Commission Européenne. Je le remercie de tout mon cœur. Ce n’est pas une simple candidature, c’est un message d’espoir et de solidarité pour l’Europe. C’est une invitation à une démocratie dans laquelle chacun peut participer et dans laquelle chaque génération a le doit de vivre.

Les élections européennes de Mai prochain fournissent une chance unique aux peuples d’Europe de faire du changement une réalité.

Pour rejeter ceux qui ont recyclé une crise mondiale dans l’Europe et qui insistent, contre tout bon sens, pour continuer une recette qui a failli.

Permettez-moi de me répéter :

La Gauche Européenne est la seule alternative au néolibéralisme barbare et contre le renforcement de l’extrême-droite.

C’est notre moment.

Quand la roue de l’histoire tourne en arrière, alors c’est l’heure pour la Gauche de mobiliser l’Europe vers l’avant.

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Je suis convaincu de notre réussite.

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Je vous remercie tous.

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Traduction : Loukas T.

Année 2014, année grecque ?
Tag(s) : #Grèce, #Europe, #Échos des Luttes, #Austérité, #Capitalisme Financier, #Démocratie, #Élections, #Constituante, #Autogestion