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Le Front de Gauche a cinq ans et traverse sa phase la plus difficile. Jusqu’alors chaque année qui passait constituait un progrès dans la dynamique d’autonomie et d’alternative qui a présidé à sa naissance. L’année 2013 s’achève sur une tension au sein de notre Front qui laisse beaucoup de militants désarmés. Le PG et le PCF ont pris chacun deux chemins qui s’éloignent de plus en plus l’un de l’autre. Alors que Pierre Laurent tire le PCF vers la social-démocratie aux élections locales, le PG, à l’inverse, affirme avec de plus en plus de vigueur l’autonomie de la stratégie que nous portons et a même été jusqu’à mettre en suspend sa participation au PGE à la suite du renouvellement du mandat de Pierre Laurent à sa tête.
De fait, deux stratégies coexistent au sein du Front de Gauche. L’analyse du PG et d’Ensemble est que la politique désastreuse menée à tous les échelons dans notre pays empêche la moindre alliance avec le PS et ceux qui mettent en œuvre l’austérité. Nous considérons que le Front de Gauche n’a aucune chance d’être un jour majoritaire dans le pays s’il est assimilé de près ou de loin à la politique gouvernementale. Nous n’avons rien à voir avec le PS et nous le faisons savoir. Pierre Laurent, à l’inverse, affirme qu’on peut tout à fait s’allier au PS à certaines élections et s’opposer frontalement à lui à d’autres. Les élections municipales échapperaient donc à la discipline d’autonomie que nous nous sommes fixés collectivement.

Trouvons une sortie par le haut à nos difficultés

Cette situation ne peut pas durer. Le Front de Gauche ne peut pas être composé de stratégies aussi différentes et contradictoires les unes des autres. Le Front de Gauche n’est pas un logo, c’est une dynamique. Le Front de Gauche, ça n’est pas un cartel d’organisations politiques, ce sont des idées qui se résument en ce mot. Ce que nous avons construit depuis cinq ans dépasse nos organisations. Ne laissons pas le Front de Gauche aux appareils politiques. Utilisons ce dépassement pour faire un pas en avant dans la structuration du Front de Gauche. Offrons une sortie par le haut à nos difficultés actuelles : c’est à l’ensemble des militants de décider de l’avenir de notre Front. Permettons l’adhésion directe au Front de Gauche et permettons aux militants de voter et de s’exprimer, même s’ils ne sont membres d’aucune organisation du Front de Gauche. Je n’ai pas un mot à retirer à la résolution d’octobre 2012 du Parti de Gauche qui affirme que « dans une perspective d’élargissement, nous restons évidemment favorables au principe d’adhésion directe au Front de Gauche de toutes et tous les citoyen-nes, militant-e-s du mouvement social et syndical, qui n’envisagent pas aujourd’hui d’intégrer l’une des composantes du Front de Gauche. »

Sortons notre peuple de la confusion de classe

Faisons vivre le Front de Gauche. Nous verrons bien, alors, l’état des consciences en notre sein. Et je ne doute pas que l’immense majorité des adhérents du Front de Gauche seront favorables à l’autonomie face à la social-démocratie et à ses méfaits. Nous devons garder pour objectif d’aller vers la construction d’un grand parti du peuple. Notre pays en a besoin pour sortir de la soumission aux capitalistes et de la confusion de classe qui règne actuellement et qui peut amener notre peuple vers le pire. La politique menée par la sociale démocratie, qui ne se différencie pas nationalement de celle menée par l’UMP, accentue le désespoir et pousse une partie de la population à considérer que les seuls refuges sont l’abstention ou le vote pour le FN.
Les mobilisations des bonnets rouges et le poids électoral du FN constituent un grand danger. Ils se nourrissent de la confusion de classe en faisant croire aux classes populaires qu’elles défendent les mêmes intérêts que les actionnaires. En confondant le ras le bol fiscal des patrons avec le ras le bol fiscal très justifié des plus pauvres étouffés par les TVA, en croyant que la lutte contre la mondialisation menée par le FN est autre chose qu’une simple défense du patronat français et de ses intérêts, en se laissant bercer par les revendications régionalistes et communautaires, une grande partie du peuple est en train de plonger, malgré lui, dans une guerre civile qui ne dit pas son nom. Le fascisme grossit sur cette confusion en atomisant la seule classe qui par son travail est une unité, la classe ouvrière, et ne laisse plus subsister que des individualités. Le pourrissement du capitalisme entraîne ainsi le pourrissement du mouvement ouvrier lui-même. «« Le fascisme est un moyen spécifique pour mobiliser et pour organiser la petite bourgeoisie dans l’intérêt du capital financier. », nous dit Léon Trotsky. Le but du fascisme est d’orienter toute la société vers les appétits du capital financier. Nul doute que si le Front National arrivait au pouvoir, il mettrait en place un ultra libéralisme encore pire que celui qui sévit actuellement. Toutes les barrières qui peuvent permettre encore de limiter la toute puissance des actionnaires (droit du travail, syndicats ouvriers, impôts etc.) seront anéanties. Et le FN ne remettrait pas en cause les traités européens ou l’euro, comme le prouve son programme politique, a mille lieux de ce qu’énonce Marine Le Pen dans les médias.

Vers l’écosocialisme

Pour que notre peuple ne suive pas cette pente mortifère, il y a urgence à faire du Front de Gauche une force d’opposition radicale à l’extrême-droite, à la droite et à la social-démocratie. Au sein du Front de Gauche, le Parti de Gauche doit poursuivre non seulement sa dynamique d’autonomie mais également son travail incessant pour aboutir à un corpus idéologique permettant de répondre aux enjeux de notre époque. Le vote majoritaire au PGE pour l’écosocialisme est à ce titre une avancée très significative. La réflexion, le travail en commun, la dialectique, permettent peu à peu d’aboutir à un programme politique se situant dans le prolongement des analyses de Marx, dont les réflexions sur l’écosystème traversent une grande partie de l’œuvre. « Chaque progrès de l’agriculture capitaliste représente un progrès non seulement dans l’art de dépouiller le travailleur, mais dans celui d’appauvrir la terre ; toute amélioration temporaire de la fertilité des sols rapproche des conditions d’une ruine définitive des sources de cette fertilité. », écrit-il dans le livre I du Capital. Le capitalisme peut se développer parce que le monde est fini. L’exploitation du plus grand nombre par quelques-uns est possible car la rareté des ressources naturelles permet à certains de se les accaparer par la propriété privée et par la rente foncière. Comme le note Marx dans ses théories sur la plus-value, si la terre était illimitée, son appropriation par les uns ne pourrait exclure son appropriation par les autres. Si les ressources étaient abondantes le capitalisme n’aurait donc pas pu se développer. La lutte pour la préservation de l’écosystème et la lutte pour les droits des travailleurs ne forment donc qu’un unique combat et il faut un Front unique pour le porter.

Soyons le parti de l’espoir révolutionnaire

Pour que le Front de Gauche ait un avenir, le Parti de Gauche doit poursuivre pleinement son rôle au sein de la dynamique collective. Il doit continuer à être ce parti creuset qui a permis à un grand nombre de camarades de s’y épanouir, de progresser collectivement, alors qu’ils venaient d’histoires et de parcours politiques très différents. Le Parti de Gauche n’est depuis longtemps plus un parti d’anciens du PS autour desquels se seraient ajoutés progressivement des camarades issus d’autres formations. Militants du PG, nous ne nous identifions pas comme des anciens du PS, des Verts, de la LCR, du MRC, etc. Ce qui nous définit, c’est bien notre appartenance au FG et au PG en tant que parti creuset et c’est notre construction collective d’une ligne politique écosocialiste. Tout le reste est de la littérature. D’ailleurs, nombre d’entre nous, ont fait leur baptême politique avec le PG. C’est mon cas. Je suis, avec beaucoup d’autres, l’un des exemples de ce qui est possible au PG. J’ai été formé par le Parti. J’ai appris, j’ai milité, j’ai poursuivi mon instruction. J’ai suivi avec bonheur la dynamique collective du parti creuset et cet immense enthousiasme qui fait arriver au PG des gens incroyables de ferveur et de génie humain. J’ai 29 ans et je suis aujourd’hui Secrétaire National du Parti de Gauche et tête de liste du Front de Gauche dans le 10ème arrondissement de Paris.
Nous avons de l’or entre les mains. Ne le laissons pas salir par les échéances électorales. Gageons que nos élus aux futures élections municipales et européennes seront représentatifs de notre diversité. Le mort ne doit pas saisir le vif, pour reprendre une expression de Marx. L’écosocialisme est l’un des horizons du possible. Il y en a beaucoup d’autres et la lutte va continuer à être difficile car nous sommes pour le moment encore loin derrière les fascistes et nous n’arrivons pas suffisamment à apparaitre comme une alternative aux partis qui se partagent le pouvoir depuis des décennies dans notre pays. Nous devons être le parti de l’espoir révolutionnaire contre le FN, parti du désespoir contre-révolutionnaire. Nous avons pour nous l’authenticité de nos convictions et la conscience de la perspective historique dans laquelle nous nous situons. Nous savons que ce nous accomplissons nous dépasse. Nous savons que notre parti doit se dépasser lui-même, car sa victoire sera en même temps sa perte. Nous devons nous structurer le plus vite possible pour disparaitre le plus rapidement possible au profit de la conscience du peuple, qui n’aura plus besoin de nous quand nous aurons triomphé. « On verra alors que, depuis longtemps, le monde possède le rêve d’une chose dont il lui suffirait de prendre conscience pour la posséder réellement. On s’apercevra qu’il ne s’agit pas de tirer un grand trait suspensif entre le passé et l’avenir, mais d’accomplir les idées du passé. On verra enfin que l’humanité ne commence pas une œuvre nouvelle, mais qu’elle réalise son œuvre ancienne avec conscience ». (Karl Marx, correspondances, 1843).
Guillaume Etievant
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